23 Juillet 2009 : Paris- Istanbul
Jour des 18 ans de Maxime (nouvellement bachelier), nous nous envolons tous les deux pour Istanbul avec nos deux vélos et quelques légers bagages.
Dans l’avion, contrairement à mes habitudes, sachant ce qui m’attend à l’arrivée, je suis très sereine et une visite dans la cabine de pilotage agrémente ce vol. Malgré mon passeport périmé, nous entrons en Turquie et retrouvons Thib après une année ! Emotion intense qui vous saisit, vous étreint et tellement délicieuse. Bonheur maximum d’un instant exceptionnel… Thibaut est peut être un peu plus mince et une certaine énergie se dégage rapidement de lui (ce qui ce confirmera plus tard dans ce voyage). Premier pot, premiers échanges et premières mises au point. Puis nous rejoignons l’appartement de nos amis Nitin et Anoudja qui nous accueillent très chaleureusement. Repas d’anniversaire le soir dans un restaurant typique turque appelé Kiliza (prononcé « kill Isa ») ce qui nous apparaît comme assez cocasse.
Nous flânons ainsi deux jours dans Istanbul, métropole dynamique, chaude, aux confins de l’Europe et de l’Asie, installée le long du Bosphore et dont la richesse architecturale est stupéfiante. Nous commençons par le quartier Sultanahmet et ses fabuleuses mosquées : Sainte Sophie, la Mosquée Bleue, les mosaïques sont saisissantes. L’ ambiance qui se dégage de ces lieux, quelle que soit l’heure de la journée, est fabuleuse. Le temps ne nous presse pas (le luxe !) et nous nous laissons ainsi porter jusqu’au Grand Bazar et au Marché des Epices. Visite de la « New Mosquée » et traversée du Bosphore par le pont Galata animé de ses multiples pêcheurs, pont qui nous conduit à la partie moderne de la ville et à sa rue commerçante Istiklal.
24 Juillet 2009 : Istanbul- Keppez
Départ à 17h des hauteurs d’Istanbul ! Affûtage des vélos dès une première montée derrière Thib, non sans une certaine angoisse pour ma part, me demandant bien sûr si j’allais pouvoir suivre ce cyclo quasi professionnel chargé à bloc de sacoches (le mien étant « vide »). Mais « armée » de mon nouvel équipement, nouvelle potence et nouveau maillot de vélo, chassant toutes réflexions j’ai embrayé derrière mes fils simplement avec un bonheur immense sans me poser plus de questions.
Premier objectif : prendre le bateau à l’autre bout d’Istanbul. Déjà ralentis par une première crevaison de ma part (eh oui déjà au bout de 12 kms…) poussée par un bus sur une plaque d’égout je pince ma roue arrière. Ce qui oblige Thib à finir sur 3kms en jogging ce qu’il n’avait pas fait depuis longtemps pour que nous puissions attraper le bateau au vol. Traversée tranquille de deux heures et arrivée à Bandirma.
Cette ville me paraît peu agréable et nous décidons de la quitter au plus vite pour Canakkale. Mais difficile avec trois vélos de prendre les transports en commun (pas de vélos dans les trains turcs, pas de bus à cette heure tardive). Nous trouvons un taxi Kangoo, qui après être allé chercher ses plaques d’immatriculation pendant deux heures, devait nous conduire par une route sinueuse et en travaux à un camping à Keppez ; camping qu’il ne trouvera jamais. Il décide de nous laisser vers une heure du matin sur la place du village avec nos cliques et nos claques.
Faute de mieux, pour notre première nuit nous nous installons derrière une station essence à la belle étoile. Nuit agrémentée par un moteur électrogène, la visite et les aboiements de chiens et donc un peu courte sauf pour Max qui nous dit ne rien avoir entendu. Départ un peu chaud de ce voyage, peut être qu’à cet instant Thib s’est demandé si il avait bien fait d’accepter dans son périple son petit frère et sa mère !
25 juillet 2009 : Keppez- Ile de Bozcaada
Après un court petit déjeuner, nous étions tous les trois d’attaque et très heureux de nous lancer dans nos premiers vrais kilomètres.
Route dans l’arrière pays à travers les oliviers et les pinèdes très agréable pour cette mise en jambes derrière notre chef de file. Puis nous rejoignons une piste en pavés aux alentours de Troie qui nous fait sillonner à travers les cultures de tomates et les vignes. Nous apercevons le fameux cheval… Pour un début, les pavés nous paraissent techniques et nous devons Max et moi redoubler de vigilance… mais une deuxième crevaison nous oblige encore à faire une halte. Après ces dix kilomètres de voie romaine nous retrouvons les bords de mer et déjeunons dans un bar en bord de plage avec de très bons Kafte (boulettes de viande turques). Petit bain rafraîchissant et nous roulons jusqu’à Odunluk pour prendre le bateau jusqu’à l’île de Bozcaada, où nous arrivons en fin d’après-midi.
Nous y réservons deux chambres agréables chez l’habitant et dînons en bons touristes sur le port. Cette île est une des deux îles turques habitées de la mer Egée, réputée pour ses coteaux ensoleillés et ses vins. Nous nous baladons dans les ruelles pavées entrelacées et très fleuries.
26 juillet 2009 : Ile de Bozcaada- Tavakli
Après une bonne nuit récupératrice nous débutons le tour de l’île soit 25km, très agréables, alternant entre plages de sable et petits raidillons intérieurs. Après un bain, seuls sur une plage, dans une eau un peu froide, nous retournons au village central ou nous retrouvons Mathieu et Anne venus là pour quelques jours en amoureux. Repas de poisson grillé sur le port et « papotages » pendant quelques heures. Nous les quittons pour retourner sur le continent et roulons 20 kms en bord de mer pour nous arrêter sur une plage de sable près de Tavakli afin d’y passer la nuit. Repas de pastas en admirant le coucher de soleil sur la mer et l’île que nous venons de quitter.
Cette nuit à la belle étoile est ventée et froide contrastant avec les chaudes températures de la journée.
27 juillet 2009: Tavakli- Behramkalé
Un bain matinal dans une eau très claire ne nous réchauffe pas mais nous réveille et nous met en forme. Thib nous presse ; il faut repartir ce quatrième jour en direction de Behramkalé par une route escarpée entre mer et montagne à travers les oliviers puis les champs de tomates et de poivrons rouges. Les fermiers nous saluent au passage ou nous arrêtent pour nous donner des pastèques prêtes à manger et désaltérantes. Un enfant court chercher son cahier d’anglais et nous le montre fièrement. Là encore les femmes travaillent plus aux champs, les hommes se tenant à l’ombre en buvant le Tchai… Ce qui bien sûr me fait exposer de grandes théories féministes à mes deux fils… Ce jour là le vent est plus fort et nous le sentons de face même si Thib nous certifie qu’il nous pousse !
Ce soir là nos jambes commencent à tirer, mais notre effort est bien récompensé car l’arrivée sur Behramkalé est magnifique. Après avoir réservé pour la nuit le champ derrière un hôtel situé dans la vallée, nous y laissons nos vélos et grimpons lentement sur le site historique de cette ville.
Ce lieu surplombant la mer est magique et les vestiges du temple d’Athena qui se détachent sous le soleil couchant sont saisissants. Nous restons là tous les trois de longs moments à contempler ces ruines, la mer qui les entoure avec ces multiples iles grecques (ile Lesbos). Cette pause devant ce paysage spectaculaire est un instant de communion et de grand bonheur partagé. Nous ne descendons pas vers le port d’Assos car la côte pour en revenir est longue de 12 kilomètres très pentus… Nous préférons prendre un bon repas de mezze (diverses entrées turques) et regagner la tente pour bouquiner un peu.
28 juillet 2009: Behramkalé- Oren
Nous reprenons notre route en direction de Bergama. Route le long de la côte ou nous retrouvons la civilisation actuelle, le tourisme et la chaleur. Nous faisons alors une longue pause dans un bar pour lire, discuter et nous reposer. De nombreux hommes jouent « activement » à différents jeux de société, à l’ombre, semblant ne se soucier de rien d’autre….Il fait toujours très chaud mais nous repartons avec une nouvelle halte dans une boulangerie ou nous faisons le plein de gâteries reconstituantes.
Nouvelle nuit à la belle sur une plage isolée; sur un fond de ciel étoilé nous admirons au milieu de la nuit un coucher de lune. Etonnant. Je dois dire qu’à cet instant allongée sur le sable, entourée de mes deux fils, je planais dans un bien être délicieux…
29 Juillet 2009: Oren- Ayvatlar
Nous reprenons la route, encombrée de nombreuses voitures qui nous frôlent parfois et roulent vite. Nous nous engageons dans une petite route de montagne à travers les oliviers. Elle se transforme rapidement en une véritable piste.
Cela devient très technique pour Max et moi avec nos vélos de route. Thib, chargé de tous les bagages roule légèrement malgré ces difficultés. Nous peinons et pour compléter, nous arrivons à la montée d’un col à travers une forêt de pins et toujours ce vent de face… Devons nous dire que quelques épingles à cheveux avant le sommet, Max commence à souffler, mettre le pied à terre et même à « râler ».La descente vers un petit village est bien venue ; nous passons devant des carrières de pierres et des ateliers de découpe de toutes tailles avec de grosses machines ; les normes de sécurité n’y existent pas du tout.
Nous nous arrêtons dans un petit commerce pour y acheter des boissons fraiches. Une jeune femme s’approche de nous et nous propose de boire un tchai (thé) sur sa terrasse. En réalité elle nous offre un véritable gouter de fête entourée de ses enfants, de ses amis et de ses voisins. Les enfants admirent les vélos et essayent d’échanger avec nous par quelques mots d’anglais. Au moment du départ les jeunes femmes m’offrent un chapelet pour me protéger disent- elles.
Après cette halte conviviale chez l’habitant, tout à fait imprévue et très typique, nous nous arrêtons pour la nuit dans une magnifique forêt de pins parasols. Repas de taboulé avec légumes frais, jeu de tarot, puis nuit très calme.
Flânerie matinale dans cette belle nature mais le chef nous stimule et nous partons pour Bergama avec très rapidement une grande descente de 16 kilomètres et des vitesses « max » atteintes. Arrivés en fin de matinée, nous y trouvons une suite dans une auberge avec petite piscine. Luxe et belles douches très appréciées. Repos, détente et lecture, et nous partons pour la visite de cette ville.
Pergame ou Bergama a abrité le premier centre médical appelé l’Asclepeion crée par Galien, ancien médecin des gladiateurs. Asclepios est le Dieu de la médecine pour les grecs (Esculape chez les romains). Ce site est sous sa protection. On y trouve de grandes salles communes, des galeries et la célèbre colonne sculptée de serpents emblème d’Asclepios: comme le serpent qui perd sa peau pour se régénérer, le patient devait se débarrasser en ce lieu de la maladie. Je ne peux m’empêcher de le visiter avec respect et avoir des pensées admiratives pour ces médecins précurseurs (et aussi petit clin d’œil à Chris).
Nous montons ensuite les cinq kilomètres de côte qui mènent à l’acropole : il y reste un très bel amphithéâtre de dix mille places, très pentu, donnant presque le vertige et les vestiges d’un temple à Dionysos décoré de colonnes de marbre. Ces parenthèses dans l’histoire antique nous prouvent la richesse intellectuelle et pratique étonnante de nos ancêtres et nous poussent à nous documenter en particulier sur la vie d’Alexandre le Grand que l’on retrouve dans tous les récits. Soirée tranquille à l’auberge. Echanges avec nos hôtes, et aussi avec des toulousains que notre périple intéresse.
31 Juillet 2009 : Bergama- Foca
Au moment du départ l’aubergiste m’offre un bracelet aux couleurs bleues vives d’Istanbul : sympa. Nous prenons la direction de Foca et la route sera encore très variée ce jour là : côte touristique, petite route méditerranéenne, passage le plus rapidement possible à travers des usines de récupération de vieux métaux pour arriver sur une route côtière magnifique sauvage et étincelante sous le soleil. Nous la longeons pendant de nombreux kilomètres.
Ce soir là le compteur indique 91 kms, Max et moi sommes assez fiers ! Nous cherchons un endroit pour dormir et repérons une pointe mais elle est trop ventée. Nous faisons donc demi- tour et devons subir un contrôle militaire…mais la présence de la « mama » les met en confiance. Le coucher du soleil est là encore magnifique sur cette côte qui ressemble à la Corse. Nous optons pour un pseudo camping en bord de plage pour la nuit qui fut hélas animé par plusieurs familles turques très festives.
1er Aout 2009: Foca- Ismir
8eme jour, nous arrivons à Foca (ancienne Phocée) ville de pêcheurs très agréable et animée. A noter que c’est de cette ville que partirent vers 600 av. JC les Phocéens, grands navigateurs, pour aller fonder de nombreuses cités dont celle de Marseille.
Nous poursuivons notre route ; le vent à totalement disparu, la chaleur est telle que nous avons l’impression de rouler dans un désert. Puis les immeubles pointent à l’horizon, nous approchons d’Izmir.
Petit pincement au cœur pour moi car c’est notre but final. Nous devons faire 25 kms de périphérique à vitesse maximale et en pleine chaleur afin d’arriver dans le centre ville. Nous ne sommes pas très rassurés car les voitures roulent très vite et ne passent pas très loin de nos frêles vélos.
Nous logeons dans un petit hôtel près de la gare. Nous cherchons un moyen pour remonter vers Istanbul le lendemain : pas par le train car il est toujours impossible d’y mettre nos vélos et à la place de 10 heures de car, nous choisissons l’avion pas plus onéreux et nettement plus pratique…. La soirée se passe en ballade dans cette ville touristique. Nous prenons un bon repas sur le port en regardant le passage de gros tankers au coucher du soleil.
2 au 4 Aout 2009: Ismir- Istanbul
Notre périple se termine par deux nouvelles journées de flânerie dans cette ville merveilleuse.
Thib et Math reprennent leur route vers l’Est de la Turquie. Un taxi vient les chercher vers 4 heures du matin et de nouveau je vois mon fils repartir vers l’inconnu et la découverte. Les lumières de leur taxi disparaissent et je reste à la fenêtre à songer à ces moments de complicité que nous venons de partager durant 650 kms.
Je suis une mère privilégiée.. ;je suis fière de Thib et Max, de leur gentillesse et disponibilité à mon égard. J’ai savouré chaque instant de notre route avec un bonheur immense et je les en remercie tendrement. Je vous aime tant mes choux…
PS : je repars dès que vous le voulez !…