Du 11 au 28 Avril
En Bleu notre itineraire rooule
Nous voilà embarqués dans le train entre Kaili et Kunming. Il nous a été impossible de réserver une couchette. A Kaili, leur système permet de booker uniquement des sièges… Nous nous apprêtons donc à faire une nouvelle nuit de transport où nous allons très peu dormir. Encore une fois, nous sommes les seuls “grands yeux” et les locaux nous observent comme des bêtes de cirque. Notre nouvelle technique est de faire comme eux, nous les observons de la même manière et ils finissent bien souvent par être gènés plus rapidement que nous! Il existe des lignes de train où la qualité de service est meilleure que sur cette axe mais ici, cela a l’ avantage d’ être véritablement unique. Le train est bien sûr bondé, les gens s’ entassent sur les banquettes et lorsque cela n’ est plus possible, ils s’ assoient par terre entre les wagons. Le sol est recouvert de détritus en tout genre et les voyageurs ont même la fâcheuse habitude de cracher par terre.Toute la nuit le personnel du train défile pour vendre des soupes, des plats cuisinés, des boissons… Ils font même de la pub vantant les mérites de brosses à dents, de paire de chaussettes, de lupiottes… Et ça marche, les gens achètent ces gadgets inutiles en grande quantité. Quand on vous dit que le chinois aime comsommer. Et imaginez ce que cela représente comme “business” pour une population d’ un milliard trois cent millions d’ habitants! La nuit est donc très courte et peu reposante.
Nous arrivons à Dali. C’ est une ville séparée en deux parties, la “old town” et la nouvelle ville. Mais en réalite, la “old town” est tout aussi récente voire encore plus récente que la nouvelle ville. Le gouvernement chinois, a compris il y a quelques années que le tourisme surtout chinois pouvait rapporter beaucoup d’ argent. Il ont donc depuis peu rennové a l’ ancienne la “old town”. C est plutôt réussi même si cela parait un peu “fake” et tourné uniquement vers la consommation du touriste avec un multitude de petites échoppes vendant du “vrai faux artisanat”.
Nous prenons la route vers le nord avec pour objectif de nous rapprocher le plus possible de la “frontière” tibetaine. Nous avons exactement 1200 kilomêtres à parcourir avant de rejoindre le Daral Richard et Lilou à Chengdu. Tout semble rouler comme prévu, nous avançons à un bon rythme et enfin nous arrivons à avoir la sensation de calme et de solitude chère aux cyclos. Nous avons même le luxe de nous faire offrir le repas par hasard sur le bord de la route. Et quel repas, nous comptabilisons une bonne dizaine de plats sur la table et nous sommes à table avec huit locaux. Bien que nous ne parlions pas leur langue tout le monde autour de la table semble heureux de partager ce repas. Original comme repas de Paques!
Nous arrivons à l’ entrée du parc des “Tiger Leaping Gorges”. La nous rencontrons une américaine qui vit dans la région. Elle nous saute dessus et nous explique que le Tibet est fermé pour les étrangers. Même la route que nous voulions prendre est controlée alors qu’ elle se trouve en dehors des frontières réelles du Tibet. Ses informations semblent vraiment fiables, et parait - il y a quelques jours des cyclos ont ete ramenés par la police sur leur point de départ. Il nous faut changer nos plans et notre route. Mais nous sommes vraiment déçus. Nous devons définitivement tracer un trait sur le Tibet et la traversée de l’ Hymalaya comme nous l’ avions prévu initialement. Le problème c’ est que la route que nous avons empruntée est donc maintenant un cul de sac. Pour la première fois de notre voyage il va nous falloir faire demi tour! C est dur. Après quelques réflexions, nous décidons de poursuivre la route jusqu’ au bout en évitant de nous frotter à la police chinoise. Le pire c’ est que encore une fois nous ne comprenons pas réellement pourquoi le Tibet nous est interdit .Certains prétendent que c’ est la comémoration des 50 ans de la première rebellion Tibétaine. Mais cela va sans doute plus loin que ça et semble surtout une question de gros sous entre le Tibet et la Chine. Rien ne semble clair et personne ne parait réellement au courant ou du moins ne veut pas en parler!
Nous essayons de nous remotiver et entrons dans les “Tiger Leaping gorges”. Selon la légende chinoise (les chinois semblent particulièrement friands de légendes plus ou moins “bidons” soyons honnêtes!), ces gorges porteraient ce nom car il y a quelques centaines d’ années un tigre blanc se faisant poursuivre par un chasseur aurait sauté par dessus le fleuve. Il aurait choisi juste l’ endroit où les gorges sont les plus étroites (30m) et aurait ainsi reussit à s’ échapper. Mais bien oui! Comme tous les sites touristes que nous avons vu jusqu à maintenant en chine, tout semble neuf et aménagé pour recevoir des milliers de touristes à la minute. La nouvelle route a été tracée à coup de dynamite et coupe la falaise qui justement faisait que ce lieu avait un intérêt naturel majeur. Il y a même une passerelle qui permet de descendre au niveau du fleuve Jinsha Jang. Un service de porteur est même proposé pour les touristes ultra paresseux qui après s ‘être rendus en bus sur le site peuvent se faire descendre…Cette ambiance nous fatigue vite d’ autant plus que nous ne sommes pas particulièrement disponibles pour apprécier… Nous décidons de poursuivre plus vers le fond de la vallée en empruntant la piste.
Presque immédiatement, il n y a plus de touristes et comme par hasard, les gorges sont plus belles et surtout moins déteriorées par l’ activité touristique. La route est sympa et juste avant la nuit nous nous arrêtons dans une petite Guesthouse très authentique toute faite de bois. Nous sommes les seuls clients et cela nous va très bien. Nous sommes comme chez nous et cuisinons sur la terrasse face au gorges profondes et entourés de sommets culminants presque à 5000 mêtres et saupoudrés de neige. Enfin de la nature et du calme, mais le Tibet résonne dans nos têtes. Impossible d’ oublier….
Nous poursuivons notre route par ce petit détour. Il n’ y a aucune voitures et aucun bus ou presque sur cette route. Nous nous attaquons à des vrais cols de montagne qui montent jusqu à 3900 mêtres. Pour notre plus grand bonheur, nous retrouvons la haute montagne. Nous tournons autour du massif du mont Haba qui culmine a 5700 mêtres tout vêtu de neige. Les petits villages sont remarquablement beaux et les maisons faites à la manière Tibetaine sont superbes. Les habitants sont bien souvent vêtus de leur habits traditionnels et pas juste pour le plaisir des touristes!Nous sommes à la “cool” et cela nous manquait!
Dans la ville de Shangri La, autre ville super touristique de la région on nous confirme que le Tibet est fermé. Il faut definitivement oublier cet itinéraire… Mais cette petite ville, qui comme d’ habitude est en travaux, est sympathique et c’ est peu être la seule ville veritablement Tibétaine que nous visiterons durant notre voyage. Nous profitons donc des temples Bouddhistes et essayons de comprendre les quelques habitudes des moines…
Compte tenu de notre malheureuse aventure tibetaine, il nous reste du temps pour parcourir la region du Yunnan. Comme prévu nous retournons en arrière mais pas sur la même route vers la ville de Lijiang classée a l’ Unesco. Cette ville vaut vraiment le détour. Contrairement aux autres “spots” touristiques elle semble etre vraie. Elle est immense et nous pouvons nous perdre au milieu des petites rues pavées et des petits ruisseaux qui traversent la ville. Il y a bien entendu des milliers de touristes mais encore une fois, ils sont presque tous chinois, nous avons donc le sensation d’ être les seuls touristes même si cela est complêtement faux!
Nous poursuivons maintenant vers le Lac Lugu. Nous empruntons les petites routes. Nous ne voulons pas reitérer notre expérience de la première semaine, et souhaitons éviter les routes surpeuplées.
Après 250 kilomêtres de vélo, nous arrivons sur les berges du Lac Lugu. Selon l’ illustre cyclo français Fred Ferchaux, ce lac a des allure de Lago de Atitlan (nos lecteurs les plus assidus se souviendront de nos récits au bord de ce superbe lac…), mais nous ne sommes pas tellement d’ accord. Ce lac est sympathique mais rien de plus…
Nous continuons notre route vers la ville de Xichang via Meiyu et Yanyuan. C’ est de la belle route de moyenne montagne, la forme est revenue et nous pouvons enchainer maintenant de grosses journees de velo entre 6 et 7 heures de velo par jour avec minimum 1900 mêtres de dénivelé positif par jour. Nous avons notre rythme de croisière, petit dejeuner le matin préparé par nos soins, puis resto le midi avec Mifan (riz) et petit plats cuisinés avec de la viande et des légumes. Le soir après avoir negocié notre chambre d’ hotel à pas plus de 60 yens (soit 6 euros pour deux) nous retournons au restaurant pour ne dépenser généralement que trois à quatre euros… Seul problème quand on mange tous les jours au restaurant, c’ est que nous sommes plus exposés à la fameuse “tourista”. C’ est ce qui empêchera Matt de faire la dernière journée de vélo qui nous mène jusqu’ à la vaste plaine de Xichang surpeuplée. Nous retrouvons les grosses voies expresses avec les concerts de klaxons.Il est temps de prendre le train pour remonter vers la grosse agglomération de Chengdu.
Dans cette capitale de la région Guizhou, dans quelques jours nous allons retrouver le Daral Richard et Lilou qui nous rejoignent pour parcourir quelques kilomêtres avec nous. Nous profitons de ces quelques jours de repos pour réparer nos velos qui en ont bien besoin: dérailleur arrière tordu et bricolé depuis 1200 kilomêtres et une roue arrière en fin de vie pour Thib, pédalier et frein arrière défectueux pour Matt. Mais il nous faut aussi anticiper nos futurs pays à traverser et essayer de se sortir de la région du monde surnommée “l’ enfer des Visas”…
Pour l’ instant nous n’ avons pas réussi à avoir de véritable contact avec les habitants comme nous en avions l’ habitude en Amérique latine, mais il nous reste encore deux mois entiers pour être en immersion complête dans ce pays à la culture et aux traditions extrèmement fortes et passionnantes.