» Thib solo Chili et Argentine

A travers ce récit vous allez découvrir le périple de Thib de Calafate a Ushuaia. Chaque jour il a écrit quelques lignes.

Dia 1 - 09 dec - El calafate/El cerrito - 90 km - 19.9 km/h - Prise de marque.

Je pars a 14h30 après un dernier repas de cyclo avec Mat. Les premiers tours de roues sont un peu difficiles. En réalité j ai un peu les “boules” de partir comme ça sans Mateo. Mais,  d’ un autre côté j ai tellement envie de découvrir le voyage cyclo en solo.

Au bout de quelques kilomêtres, je prends mon rythme de croisière. Je n ai plus cette petite crainte qui m’ accompagnait en sortant de El calafate.

Plus loin, le bus de Mateo me double. Il va directement a Rio Gallegos. Petite pensée pour lui. Je regarde le bus s’ éloigner…Sensation bizarre… C’ est quand la personne n’ est pas la que l’ on se rend compte combien elle est importante.

Ce soir, j’ ai besoin de compagnie. Je me suis fais acceuillir par des ouvriers qui retappent une maison a El Cerrito. C est d ailleurs la seule maison de ce petit pueblito!

Dia 2 - 10 dec - El cerrito/15 kilomêtres avant la frontiere du Chili- 93 km - 14.2 km/h -Le déclic.

C’ est une journée pleine d’ embuches et de galères. Après avoir roulé quelques kilomêtres sur la piste une de mes saccoches arrière s’ arrache. Plus loin, je me rends compte que j ai perdu mon cadenas “Laurent Jalabert”. Encore plus loin, ma saccoche s’ arrache de nouveau. Après 70 kilomêtres de piste je rejoins l’ asphalte…Mais le vent violent c’ est levé. Je l’ ai de pleine face. J’ avance a 10km/h. Je sens que mon vélo a un comportement étrange. Je fais une rapide vérification, mon pneu arrière est dechiré…

Soyons honnête c’ est trop de galères pour un même homme, il me faut un remontant…Pour la premiere fois du voyage, je sors mon lecteur MP3. J’ avais preparé il ya quelques mois lors d’ un voyage en bus au Perou un petite playliste ” Ca RoOULE Fort”. Je ne me souviens même plus de son contenu. La premiere partie est avec l ‘album Homework de Daft Puck! Des les premiers tours de roues écouteurs sur les oreilles et musique à fond, comme par réflexe je me dis “comme ça j’ irai au bout du monde”. ça fait “tilt” dans ma tête et je me reponds ” et gamin tu y vas au bout du monde”… il n en fallait pas plus pour me remotiver. Je viens de réaliser que je me dirige vers le bout du monde. Je n’ ai plus qu un seul objectif maintenant et je sais que je le tiendrai.

Ce soir, je dors dans un tuyau d evacuation des eaux de pluies qui passe sous la route. Au milieu de cette pampa, c est le seul abris du vent d’ ouest.

Dia 3 - 11 dec - 15 kms avant la frontière Chili /13kms avant entrée parc torres - 79 kms - 13.3 km/h - Le Chili.

Je passe la frontière du Chili sans dificulté. Seul petit détail amusant, le douanier pensait que j ‘ entrais en Argentine. Je me retrouve donc avec deux tampons pour le même jour un de sortie et un d entrée au Chili. De toute façon, j’ ai tellement d entrées et de sorties Chili/Argentine sur mon passeport que l on y comprend plus rien!

Arrivée à Cerro Castillo, je fais un petit ravito, change un peu de monnaie et prends quelques infos sur la piste. Mais entre temps le vent a forçi. Il m’ est quasiment impossible de rouler. Ma roue avant dérappe latéralement et mon casque se soulève tout seul tellement le vent est violent.

En chemin, je croise un couple de français d’ Aix Les Bains. Petites pensées pour Lilou! Ils sont partis de Ushuaia, mais le vent semble les avoir extenués. Je leur souhaite bien du courage pour leur remontée jusqu à Lima.

Je poursuis mon chemin malgré le vent. Il me faut beaucoup de courage et de patience. Mais, au détour d ‘un virage je peux voir au loin les tours de Torres Del Paine. Majestueux. Encore quelques kilomêtres. Je décide de dormir à la belle face à ces monstres de granit. Le coucher de soleil va être tres beau d’ ici. Il y a toujours une belle ré’compense lorsque l’ on percevère.

Dia 4 - 12 dec - 13 avant l’ entrée Nord du parc/Campamento Torres- 25 kms - 11.2 km/h - Treking Torres.

5 heures de marche

Il est 5h00 je me lève. Je veux à tout prix éviter le vent aujourd hui. Mais il est déja trop tard… Mais surtout j ai l’ intention                  d ‘enchainer directement avec la marche vers les tours de Torres.

A 9h00, j arrive au camp. Je plante rapidement ma tente pour y cacher mon velo. Je prépare également 500 grammes de pâtes pour la journée.

La marche est facile, cela me change du vélo. Mais surtout ce qui me change le plus c’ est que les paysages sont tous verts et plein d’ arbres!

Arrivé au pied de ces immenses colonnes, j’ ai la bonne surprise de découvrir qu’ elles prennent pied dans un lac tout vert. ces trois tours sont vraiment majestueuses et semblent imposer leur loi sur l’ ensemble du massif.

Cela fait 1h30 que j attend que les nuages partent. En vain, les tours degagées se sera pour une autre fois…en ski de rando!

Une marche qui est prévue initialement en 8h00, je la termine au bout de 4h30. Je pense que après 5 mois de sport intensif, je commence a avoir une bonne condition physique.

Ce soir, je décide de prolonger ma visite du parc de une journée. J ‘irai voir le glacier Grey en rejoignant le camino à vélo.

Dia 5 - 13 dec - Campamento Torres/Campamento Carretas - 46 km - 13 km/h - La traversée du parc.

1h10 de marche

Ce matin, je suis un peu flémard. Je lève le camp seulement vers 11h00. Je pars du campement discrètement “comme un cyclo”, ce qui me permet d économiser 4000 pesos. Je peux donc m’ acheter 1kg de riz.

Je traverse le parc très tranquillement. C est un condensé de belles choses: lacs, glaciers, montagnes, colonnes de grani, lamas, rapaces… A chaque virage ou après chaque petite montée il y a quelque chose à decouvrir ou à admirer.

J’ arrive à l’ entrée Sud du parc vers 17h00. Il me faut trouver un endroit pour laisser  mon vélo une journée. Après plusieurs essais, un jeune qui tient un hôtel accepte de le garder. Je lui ai un peu forcé la main!

J achète 2kg de pain et prépare encore 750 grammes de pâtes pour ce soir et la journée de demain.

J’ enchaine directement avec 7.5 kilomêtres de marche qui me me mènent au premier campement ” gratis”.

Il est 19h30, je me couche dans l’ herbe à l abris du vent. Demain la journée sera dure.

Dia 6 - 14 dec - Campamentos Carretas/Sortie du parc - 7 km - 12.5 km/h - Le Marathon.

10 heures de marche (42 kilomêtres)

Le glacier Grey n’ est pas aussi majestueux que le Perito Moreno mais l’ avantage c’ est qu’ il est ici en pleine nature et seulement accessible à pied. Il se mérite et ça le rend plus beau.

Le retour me semble plus difficile. Il me reste encore 17 kilomêtres de marche. Je commence à avoir les jambes lourdes. C est à ce moment précis que je regarde la carte et que je compte le nombre de kilomêtres. Jusqu à maintenant j’ avais juste regardé les temps estimatifs. Hola! mais il y a 42 kilometres. Mon deuxième marathon! J’ ai besoin d un petit remontant. Je mange quelques tartines de confiture, mais surtout je renouvelle mon expérience d’ il y a quelques jours avec la musique. Il me faut imperativement arriver ce soir, je n ai plus rien à manger. C est avec Hocus Pocus sur les oreilles que je m’ attaque aux derniers kilomêtres.

Comme par miracle, mes jambes ont une seconde vie… Je me surprend à chanter et danser au milieu de nulle part. C’ est un nouveau moment magique de mon voyage. Il restera à jamais comme le moment ou j’ ai eu le sentiment de découvrir ce que voulait dire le mot Liberté.

J’ arrive à 18h30 à l’ hôtel où j’ ai laissé mon vélo hier. J’ aimerai bien abuser de leur hospitalité et leur demander de dormir ici.

Finalement, je prends mon vélo  pour camper juste à la sortie du parc.

Petite satisfaction personnelle, je sors du parc sans avoir deboursé un seul peso pour camper ou entrer dans le parc. C est aussi ça l’ esprit cyclo… Voler les riches ou les spots à touristes pour mieux aider les pauvres comme en Bolivie.

Je trouve un endroit pour dormir avec très peu d’ espace mais une belle vue sur le massif de Torres. Fatigué, je m endors rapidement à la belle.

Soudain, je suis reveillé par des gouttes de pluie et un vent violent. Ni une ni deux, il me faut monter ma tente. J’ ai très peu d’ espace et je dois dégager tous les énormes cailloux. J’ ai une seule peur, c’ est que la tente s envole.

Ca y est je suis à l abris. Après avoir reçu quelques gouttes et m’être fait quelques coupures aux pieds, me voilà dans mon duvet. La tente bouge dans tous les sens , va t elle tenir?

De toute façon j’ ai tellement sommeil. C’ est comme la faim quand on est affamé on mange de tout. Et bien là je suis mort de fatigue, je m’ endors très profondément.

Dia 7 - 15 dec - Sortie du parc Torres/Puerto Natales- 83 kms - 18.2 km/h - Puerto Natales.

Le premier jour où je suis rentré dans le parc j’ ai rencontré une française. Elle avait voyagé 8 mois en Argentine et au Chili. Elle a fini par rester travailler ici à Torres tellement elle s y sentait bien. C est vrai que l’ on se sent bien ici. Mais moi, j ‘aime la découverte et je ne ressens pas l’ envie de rester à un endroit. Comme disait un Costa Ricain, nous sommes des “exploradores”, ce qui nous motive c’ est la découverte.

Un dernier coup d’ oeil vers les montagnes et me voilà parti sur la route de Puerto Natales.

La piste est bonne et semble serpenter entre les differents lacs. C’ est une journée habituelle de vélo, pas de rencontre inédite et pas de paysage unique.

Ce soir dans le camping de Puerto Natales, je mange avec les deux proprietaires et un motard mexicain. Nous échangeons nos expériences de voyage et passons un bon moment ensemble.

Dia 8 - 16 dec - Puerto Natales/Police de Punta Arenas - 218 kms - 23km/h - Rooule!!!

Je sais que cette partie de route n’ est pas extraordinaire. Il me faut un objectif ambitieux pour me motiver ce matin. Pourquoi ne pas arriver à la ville de Punta Arenas dès ce soir? Le vent peut m’ aider.

Il est 10h30 la pluie c’ est calmée. Je pars. Les premiers kilomêtres sont faciles et le vent faible me pousse un peu. En chemin, je rattrape un couple d’ australiens. Je roule un peu avec eux et les quitte au moment de leur pause déjeuner. Nous n’ avons vraiment pas le même rythme.

Après avoir passé quelques minutes avec un couple allemand qui remonte jusqu’ en Alaska, la route part plein Est. 60 kms/h de vent dans le dos… Ca va très très vite pendant une demi heure. Mon compteur affiche des pointes à 60 kms/h sur le plat…

Après un rapide café avec deux motards mexicains, je reprend la route. Elle est maintenant plein sud. Le vent d’ ouest est encore très violent. Les grosses rafales me stoppent littéralement dans mon élan. J’ ai l’ impression qu’ un géant me prend par la peau du cou et me secoue dans tous les sens d’ avant en arrière et de gauche à droite…

Il est 19h00, j arrive dans le pueblo de villa Tehuelches. Mon compteur affiche 150 kilometre et 7 heures de vélo pour aujourd’ hui. Dans l’ abris que je choisi pour me reposer, je rencontre un cyclo italien. Le vent l ‘a achevé. J’ essaye de lui remonter le moral en lui disant que les prochains kilomêtres vont être sans doute plus faciles. Rien à faire il prend le prochain bus.

Je choisi de continuer à rouler. Je me fixe un nouvel objectif: atteindre le poste de police à l’ entrée de la ville. Il me reste encore 70 kilomêtres. Ils ne pourrons à cette heure là de la soirée me refuser leur hospitalité…

Le vent est tombé. Avec Nova sur les oreilles le moral est bon et je n’ ai pas de fatigue. Cela faisait longtemps que je voulais rouler jusqu’à la nuit. Mon ombre sur la route grandit au fur et à mesure que le soleil se couche. Je ne sais pas pourquoi mais elle me rappelle mon rève de gamin: parcourir le monde à vélo. Je me rend compte que je suis en train de le réaliser. Inutile de vous dire que ça me motive sacrément. C ‘est incroyable la force  que ça peut donner de réaliser un rêve. Il me faut trouver d’ autres rêves pour plus tard, mais ça ce n’ est pas difficile…

Il est 22h00, apres 218 kilomêtres et 9h30 de vélo, j’ arrive au poste de police.

Malheureusement, le policier ne veut pas m’ acceuillir. Ca va très vite dans ma tête: fatigue, froid, vent, planter la tente, préparer à manger… je ne le veux pas. Juste à ce moment, le policier de garde cette nuit arrive. Il est plus comunicatif et me propose un endroit pour dormir, du café… Je passe la soireé en sa compagnie.

Avant d’ aller me coucher, il me dit que si je me lève à 7h00 j’ aurai une douche chaude. Je retrouve bien la la formation de militaire dont il m’ a parlé. Ce soir je mets trois réveils …

Dia 9 - 17 dec - Policia Punta Arenas/Porvenir - 50 kms - 20 km/h - Transition.

Il est 6h50 le réveil sonne. il est 6h55 le reveil sonne une nouvelle fois. Il est 6h58 le reveil sonne une ultime fois… Aller hop debout! J’ enchaine directe avec la douche chaude. ” Attention, il ne faut pas boire l eau, c est de l eau du fleuve” me dit Teodoro. C est vrai que elle a un gout bizarre cette eau.

Je suis invité par toute l ‘équipe de jour pour prendre un petit déjeuner avec eux. Ce n est pas de refus… J ai même le droit à une soupe de poulet que eux n’ ont pas.

Juste avant de partir, je leur montre une photo de ma famille. Ils sont bien évidemment tous tombés amoureux de Lilou. Mais font aussi quelques remarques sur la position d’ homosexuel d’ Aure. Il faut l’ admettre c’ est vrai…Mais je les calme tout de suite en leur disant qu’ il est semi professionnel de Rugby. D’ un coup ils ne rigolent plus. Je n’ aime pas trop que l’ on se moque de ma famille et ils le comprennent vite ces flics corrompus…

Le bateau pour la ville de Porvenir n’ est qu’ à 15h00, j’ ai le temps de visiter cette ville moche. Dans quelques heure je quitterai la ville la plus australe du continent américain. A moi la Terre de feu.

Dia 10 - 18 dec - Porvenir/Rio Grande - 221 kms - 24.1 km/h - Du Pacifique a l Atlantique.

J’ ai bien fait d insister hier lors de ma négociation avec la maîtresse de l’ Hospedaje. ”ok pour 7000 mais avec un gros petit dejeuner”. Il y a des crêpes, du pain, de la confiture, du thé, du café, des biscuits, du jus d’ orange… A la fin il ne reste plus rien. J ai bien fait de me payer le luxe de ce petit hôtel, et au même prix hier soir elle m a appris une très bonne technique pour faire le riz et le conserver longtemps. Bien meilleure que la technique des Equateuriens.

Je discute un peu avec la propriétaire. Elle m’ explique que j’ ai de la chance de voyager. Ici, il y a des gens qui n ont jamais quitté Porvenir. Mais comment peuvent ils? ce n’ est même pas par manque d’ argent me dit elle. Ce village est si petit, les “tiendas” sont vides, il y a un unique centre d’ appel, un restaurant Croate et quelques Hotels et hospedajes. Il me semble qu’ ici il y a vraiment rien à faire. Ah si, il doivent regulièrement aller à l’ église! La ville est truffée de lieux de culte tous plus moches les uns que les autres qui semblent appartenir à des sectes. 

Je quitte rapidement ce petit village ou seule la pêche semble permettre aux habitants de survivre.

Me voilà enfin sur les routes de la Terre de Feu. Mais je n’ ai pas l’ impression d’ y être. Le moral n ‘ est pas très bon et à 12h30 je n’ ai fait que 50 kilomêtres de piste. Après un rapide déjeuner, je décide d’ augmenter un peu le rythme et me donne un objectif. Je vais essayer de rejoindre la frontière de l’ Argentine ce soir. Il me reste donc 89 kilomêtres à faire.

La piste est bonne et le vent me pousse gentillement. Les longues lignes droites de la pampa sont très vite avalées. Le long de la bahia  je ne me sens pas encore en terre de feu et 200 moutons par kilomêtre ça commence à me fatiguer.

Quatre heures plus tard, mon compteur affiche 150 kilomêtres. Je suis à nouveau en Argentine. je choisi de faire une petite pause à la première station essence. Le pompiste m’ explique que les 80 prochains kilomêtres qui me séparent de Rio grande sont plats. J’ hésite, je suis un peu fatigué après toute cette piste. Mais je n’ ai pas envie de dormir ici, c’ est tellement laid et ça ressemble tellement peu à l’ image que j’ avais de la Terre de feu.

Je dévore mon troisième repas de la journée et décide de continuer. Je “débranche mon cerveau” le pose sur le porte bagage arrière et m’ attaque aux 80 prochains kilomêtres.

Au loin j’ apercois une ultime côte avant Rio Grande. Arrivé en haut, je vois l’ agglomeration. Je ne pensais pas que c’ etait si grand. Je ne veux pas rentrer dans la ville à cette heure là. Le haut de cette côte me semble tout à fait approprié pour une nuit à la belle.

Je mange mon quatrième repas de la journée. Bien merité après ces 221 kilomêtres et ces 9h15 de sport. Devant le coucher de soleil je me sens enfin en Terre de feu. La nuit est très bonne, si bonne que je ne me reveille même pas une seule fois pour contempler les étoiles. Dommage, à 200 metres d’ un observatoire les étoiles doivent être forcément belles.

Dia 11 - 19 dec - Rio Grande - 0 km - 0km/h - Pause a Rio Grande.

j ‘ai quelques jours d’ avance sur mon planning. Je ne suis plus qu’ à 220kms de Ushuaia. Je vais donc faire une pause ici. Des cyclos francais m’ avaient conseillé le centre nautique de Rio Grande.

Je rencontre un couple de français qui voyage en camping car avec deux enfants. Ca me rappelle quelques souvenirs de famille en Espagne et au Portugal notamment.

Mais surtout, ce soir c’ est la fête de fin d’ année du club. La soirée ne commence qu’ à 11h30. Chacun ramène des pièces de viandes plus énormes les unes que les autres. Et bien sur il y a du vin. Je vais enfin pouvoir participer à un asado avec des locaux. Ils sont fiers de me faire gouter tous les differents morceaux de viande,  leurs différents vins mais aussi leur champagne. Quel régal!

La soirée continue avec un karaoke. C’ est une belle partie de rigolade pour Olivier le père de la famille française et moi. La seule chanson que nous arrivons à peu près à chanter c’ est la Macarena! Le jour s’ est levé depuis déjà très longtemps quand je vais me coucher. Je sais déjà qu’ il me faudra une journée supplémentaire pour récupérer.

Dia 12 - 20 dec - Rio Grande - 0 km - 0km/h - Pause N2 a Rio Grande.

C’ est le jour de repos par excellence: internet, lecture, entretien du vélo et nouvelle asado avec les kayakistes.

Dia 13 - 21 dec - Rio Grande - 0 km - 0km/h - Pause N3 a Rio Grande.

Il neige sur la route de Ushuaia. Je décide de ne pas prendre la route aujourd’ hui.

Un motard allemand passe aussi la journée ici. Nous restons ensemble toute la journée à discuter voyages.

Nous prenons même le temps d’ essayer de retrouver ma montre à moto. Mais en vain.

Dia 14 - 22 dec - Rio Grande/Tolhuin - 125 km - 21.5km/h - Ma montre.

J’ étouffe ici. Je ne peux pas rester une journé’e de plus. J ai besoin de prendre l’ air et de me défouler!

Je prévois d’ atteindre Ushuaia en deux jours.  Mon avion étant programme pour le 27 décembre.

Que je me sens bien sur mon vélo…Quelle sensation de liberté, libre de m’ arrêter, libre de continuer, libre de chanter, libre de crier, libre de penser, libre de rencontrer…

Au bout de 20 kilomêtres, je rattrape un cyclo de Belgique. Apres quelques minutes de discussion je lui demande si par hazard il n’ aurait pas trouve sur la route une pochette noire avec des lunettes et une montre. Il me répond que oui. Mais il a déposé’ l ensemble au commissariat de Rio Grande. Il me faut donc rebrousser chemin. Je remercie Jean et fais demi tour.

Au premier poste de police, je leur demande d’ appeller le centre de Rio Grande. Ils me repondent qu’ il n y a rien là bas. J’ insiste pour qu’ ils m enmènent sur place en voiture. Arrivé au comissariat, j ‘ai la même réponse. Je ne lacherai pas l’ affaire. Je leur demande si je peux rencontrer les deux femmes qui travaillaient là hier soir. Et comme par miracle ils retrouvent l’ ensemble… La police d Argentine serait moins corrompue que la police du Mexique. Ils ne m’ ont même pas demandé de payer quelque chose.

Je reprends la route. Les 100kms qui me séparent de la ville de Tolhuin sont avalés sans problème particulier.

A Tolhuin, je tente de retrouver mon ami belge pour le remercier. Je me rend au camping qu’ il m’ avait indiqué au bord du lac Fagnano. Il n’ y a personne dans ce camping. Seul un cyclo Anglais se repose dans la pièce commune. Antony a 43 ans et se lance dans son deuxième voyage à vélo de sa vie. Il a réalisé le premier à l ‘âge de 25 ans. Depuis plus rien mais il a toujours eu envie de repartir.

La pièce ressemble à un petit refuge en bois chauffé au poel. On se sent bien ici. Tous les murs sont recouverts de pièces de bois surlequelles les voyageurs de passage racontent leur “exploits”. Ce soir deux nouvelles pièces de bois sont clouées au mur: “Ushuaia to Caracace” et “Ca Rooule”.

Quel bonheur quand il sort sa carte pour me demander des infos sur les routes que nous avons faites. Au fil de ma description ses yeux brillent de plus en plus comme un enfant. Il y a quelques mois quand nous croisions des cyclos qui remontaient vers le Nord, c’ etait nous qui rèvions. Aujourd’ hui la roue a tourné, et c’ est moi qui fais rèver les cyclos qui remontent. Ca me fait chaud au coeur. Je réalise toutes les routes que nous avons parcourues en 5 mois. Que de souvenirs, que de nouvelles experiences, que de beaux paysages, que de belles rencontres et que d’ émotions… Je suis assez fier de notre parcours jusqu’ à aujourd hui.

Dia 15 - 23 dec - Tolhuin/Ushuaia - 111 km - 16km/h - Le bout du monde.

Ce matin Antony se lève très tôt. Avant de partir il me réveille pour me saluer. “Congratulations” me dit il en refermant la porte. Moi, encore dans mes rèves de la nuit, je ne comprends pas immédiatement ce qu’ il veut dire. “Mais si mon vieux”, aujourd hui c’ est Ushuaia. C ‘est la fin de l Amerique du Sud à vélo… Je me rendors…

Quelques heures plus tard, me voilà parti pour mon ultime jour de vélo sur le continent américain. Nous sommes le 23 décembre pile 5 mois apres notre arrivée a Guadalajaja au Mexique.

Le vent est fort et de face aujourd’ hui. Je ne vais pas tres vite. Juste avant le dernier col de 700 mêtres d’ altitude, mon compteur affiche 9000 kilomêtres au kilomêtrage total. C est la dernière fois que je traverse la cordillière des Andes. Elle aussi elle se termine ici au bout de la terre de feu. Léger pincement au coeur…

Me voilà arrive à Ushuaia, il n’ y a pas de route qui va plus au sud sur la planête Terre. Mais contrairement à ce que je pensais, l’ émotion n’ est pas exaltante. Sans doute par ce que je pense déjà aux autres routes qui nous attendent en Asie. Ou peut être me faut il le temps de digérer et de comprendre ce que nous avons fait? Je pense qu il me faut tout simplement ouvrir unê planisphere et me dire en regardant l ‘extrême sud du continent Américain: “tu es la au bout du monde”. Je suis certain que je réaliserai alors combien c ‘était important pour moi d’ arriver jusque ici.

Je plains ceux pour qui le voyage s’ arrête ici dans cette ville sans grand intérêt. Jamais mon voyage ne se terminera comme ça. Ce sera plus festif!

Mais c est tout de même pour moi la fin d’ un chapitre de mon voyage. Je ne peux m’ empêcher de penser aux trois cyclos Clem, Bens et Tino qui il y a quelques années lorsque j’ étais collegien arrivaient dans cette ville. Ce sont eux qui m ont fait rêver et qui m’ ont donné cette envie de voyage à vélo il y a maintenant presque dix ans. Je vous remercie tous les trois…A Mat et à moi de vous faire rêver à notre tour sur les routes inconnues de l’ Asie.

Mat et moi allons prendre quelques semaines de repos mais c’ est pour mieux repartir.

Il m’ a manqué qu’ une seule chose pendant ces 15 jours de voyage en solo.  J’ ai rencontré de multiples personnes, mais jamais je n’ ai eu le sentiment de partager mon aventure comme je le ferai avec les gens que j’ aime. J espère donc qu’ à travers ces textes et quand je rentrerai je pourrai revivre avec vous tous ces beaux moments. Mat quand à toi il nous reste encore beaucoup de routes à partager tous les deux…

Heureusement, mon voyage ne se termine pas là. J’ ai encore une énorme envie de rencontres, de découvertes et d’ aventures. Elle est encore plus grande que lorsque je suis parti de France…