Après nos quelques jours de repos en Amazonie, nous attaquons notre traversée de la Bolivie et du Nord du Chili. Notre planning est plus que millimêtré, alors accrochez vos ceintures “ca va envoyer du gros” comme on dit!
De la Paz, nous nous rapprochons de la frontière Chilienne en Bus. Après avoir dormi dans un hôpital , nous parcourons 100 kilomêtres dans le “Parque de Sajama”. Nous n’ atteignons le Chili que tard le soir. Après avoir finalisé les modalités administratives habituelles, nous cherchons un endroit ou nous pourrions dormir. Nous sommes à 4300 mêtres d altitude et en réalité cette frontière est sans aucune habitation. Nous nous apprêtons à passer la nuit dans ce froid glacial. Mais finalement, quatre peintres en batiment nous accueillent dans la partie de la douane qui est en renovation. Le contact est instantanement très bon. La soirée dure jusqu à tard le soir. C’ est notre premier contact avec des Chiliens. Première impression ils parlent très vite. Notre fameuse phrase “masse despacio por favore” nous est alors encore plus utile que d’ habitude. Mais aussi, au cours de la discussion nous nous rendons compte que le Chili semble plus riche que tous les autres pays que nous avons parcouru jusqu à maintenant. Après un pays comme la Bolivie, le contraste est saisissant. Ici, ils consomment du vin pour noyer leur chagrin et pas de l’ alcool de pharmacie comme le font les boliviens. Ils ont des belles grosses voitures individuelles. L “influence mondiale” est tres marquée: musique, tenue vestimentaire, politique internationnale… Nos quatre peintres connaissent même “Sarko” et sa belle Carla!
Le lendemain matin, pas très tôt… nous attaquons la piste qui longe la frontière entre le Chili et la Bolivie. Elle doit nous amener à notre premier salar…
Les premiers kilomêtres nous semblent très peu empruntés… souvent nous devons pousser les vélos tellement il y a de sable. Mais rapidement, nous rejoignons une piste bien meilleure. Nous sommes un peu rassurés. Nous découvrons alors notre première thermale ” naturelle” au milieu de nulle part. Ils ont amenagé une toute petite maisonnette avec un petit bassin rempli d’ eau chaude. Endroit ideal pour faire un bivouac mais nous n’avons fait que 10 kilomêtres.
Quelques kilomêtres plus loin, c’ est le premier volcan en activité que nous pouvons observer. Mais rassurez vous, il y a juste de la fumée qui sort de ce volcan à plus de 6000 mêtres d’ altitude. Quelques tours de pédale plus loin et juste avant la tombée de la nuit, nous arrivons sur le salar de Surire. C est une grosse déception, tout le salar est exploité et détruit par une entreprise bien connue de tous Total pour ne pas la citer. Nous essayons d’ amadouer les employés mais le contact n’ est pas bon, il ne veulent pas que l ‘on dorme dans leur entrepôt. Ils nous indiquent une auberge un peu plus loin… Ce n est que 10 kilometres plus loin et apres 1H15 d’ effort face au vent que nous arrivons à cette auberge…fermée… Mat n apprecie guère la blague…Pas de problème nous dormirons dans la tente, mais nous manquerons sans doute un peu d’ eau. Ce n est que le lendemain que Mat reussit à reprendre de l ’eau en atteignant un douche après quelques acrobaties. Bien joué!
De bon matin, nous démarrons directement avec un col à 4700 metres d’ altitude. Derrière la descente de 50 kilomêtres est tres belle. Nous apprenons à maitriser nos montures sur la piste… Quelques belles pointes de vitesse, quelques belles glissades, quelques beaux virages relevés et surtout beaucoup d’ adrenaline!
Deux jours après avoir quitté la Bolivie, nous rentrons à nouveau dans ce pays par le pueblo Colchane. Personne ne veut de nous ici pour passer la nuit. L’ école est en conseil de classe, l’ hopital est vide, l’ église est fermée, la municipalité nous demande de payer, il n’ y a pas de bar, pas de restaurant. Tant pis, nous nous installons dans la petite chapelle au milieu de la place principale du village.
Nous nous dirigeons maintenant vers le salar de Coipassa. Il est peu connu des touristes mais il fait tout de même 80 kilomêtres de long et 100 de large. Les militaires et les habitants ne nous encouragent pas à tenter sa traversée. Nous nous lançons malgré tout dans l’ inconnu. L azimut recommandé par les locaux est plein sud. Mais au bout de quelques kilomêtres les traces de 4*4 deviennent inexistantes. Nous ne pouvons prendre le risque de continuer sans trace. Le salar est très humide et par endroit nos roues s’ enfoncent de 10 centimêtres. Il y a certains cyclos qui ont eu de serieux problèmes dans des salars, nous ne voulons pas faire partie des leurs. Pas un instant à perdre: demi tour. En réalité, l azimut n est pas Sud mais presque Sud Est. Nous avons donc fait à peu près 10 kilomêtres pour rien et face au vent pour 20 degrés d ‘angle d’ erreur… Nous avons maintenant la bonne direction. Mais les montagnes que nous visons ne semblent pas se rapprocher mais au contraire s’ éloigner. Nous rejoignons enfin la terre ferme. Nous sommes rassurés. Les seuls vrais aventuriers aujourd’ hui sont peut- être les marins?
Nous empruntons alors la route intersalars pour descendre plus vers le sud en direction de la ville de Salinas entrée du salar de Uyuni. Pour la première fois de notre voyage, nous sommes perdus. Impossible de trouver le passage vers notre deuxième salar. Apres environ 40 kilomêtres de zig zag au milieu du maquis et des fausses pistes nous nous arrêtons pour déjeuner, perdus. Par miracle, un éleveur de lamas qui se trouve ici, nous indique la bonne direction.
Mais finalement, ces petits detours n auront pas été pour nous déplaire. Nous avons pu faire nos premiers kilomêtres de “single track” entre deux petits salars. Sensation garantie, plus les saccoches frottent sur les buissons plus nous accélerons… à la sortie un gros tas de sable et Thib couche le velo et se retrouve en OTB. (Over The Bar pour les non inities autrement dit un soleil par dessus le guidon). Plus d adrenaline que de mal, “Ca RoOULE” encore… et surtout au bout d’ une piste perdue, nous tombons sur un petit village absent de toute carte. Ici, les enfants semblent voir pour la première fois des hommes blancs. Le professeur qui est la pour la journée, doit leur expliquer que nous sommes comme eux: des yeux, des cheveux, et une peau un peu plus blanche…”Vous devez apprendre à lire et à ecrire pour pouvoir voyager comme eux” dit le professeur en montrant la carte sur le guidon de Thib. Si eux ça les encourage à apprendre à lire, nous ca nous motive à voyager d’avantage!
Après de longues minutes de négociation avec le maire de la ville de Salinas, Mat arrive à trouver un dortoir où nous pouvons passer la nuit. Il nous est interdit de dormir dans le jardin de l’ église car ce soir il y a une fête traditionnelle. Les habitants ne veulent pas que nous puissions les voir ivres. incroyable mais vrai!
Pendant notre petit déjeuner, nous rencontrons deux cyclos allemand Elmar et Daniel. Daniel a 23 ans, il voyage depuis maintenant 20 mois. Son père Elmar l’ a rejoint en Amérique du sud pour 5 mois. L’ entente est immédiate entre les deux partis. Nous décidons de prendre la route ensemble. Des les premiers tours de roues nous nous apercevons que le rythme et l’ état d esprit est le même. C ‘est tellement rare.
Apres un déjeuner avec une sauce Allemande et des pattes cuisinées par des français, nous entamons nos premiers kilomêtres sur le salar de Uyuni. Il est tres différent du précédent. Il est beaucoup plus sec et les pistes sont clairement identifiées. Il est donc plus facile pour nous de le traverser. Tant mieux, nous n’ allons pas récidiver notre premiere expérience sur le salar de Coipassa. Après de multiples séances photos et videos, nous arrivons sur l’ ile centrale juste pour le coucher du soleil.
Notre deuxième journée sur le salar est tranquille. C’ est incroyable comme paysage. C’ est une telle immensité et c’ est tellement plat qu il nous est possible de distinguer la courbe de la Terre. Les iles et les montagnes semblent flotter dans le ciel ou sur le sel. Tout se mélange et se confond, il nous est presque impossible de distinguer le sel du ciel. Nous sommes commes quatre petits objets non identifiés qui roulent au milieu de ce paysage unique au monde.
Mais toutes les bonnes chose ont une fin. Nous achevons les 80 kilomêtres de traversée du salar. Déjà, nous pensons à notre prochain objectif: la route du sud Lipez. C’ est l autre route mythique de la Bolivie mais elle a la reputation d’ être la route la plus difficile de toute l’ amérique du sud…
Apres une brève petite réunion, nous décidons de continuer tous ensemble avec nos deux amis allemands.
Nous ne pouvons vous raconter ces sept jours de traversée du Sud Lipez sur la “Ruta Laguna”. Nous avons chacun vecu cette aventure d’ une manière si differente. Maladie et grosse fatigue pour l ‘un, transe et extase pour l autre. Chacun vous raccontera à sa manière ce qu’ il a ressenti ici.
Mais il vous faut malgré tout savoir que cette route c’ est: 380 kilometres à moins de 8 km/h de moyenne, beaucoup de poussages dans le sable, du vent de face tous les jours, moins dix sous la tente la nuit, un col à plus de 4900 mêtres d altitude, des eaux thermales à 38 degrés, six lacs aux mille couleurs qui changent en fonction du vent, des déserts, des pierres aux formes incroyables taillées par le vent et des paysages à couper le souffle qui ont inspiré Dali pour certaines de ses peintures.
Cette route sans équivalent se termine au Chili et plus exactement à la ville de San Pedro d Atacaman. Pour nous c’ est aussi la fin de la Bolivie mais surtout la fin de l Altiplano…L’ emotion est donc très forte pour nous deux. C’ est fini les hautes altitudes, c” est fini la magie, c’ est fini l ‘extrème sensation de solitude, c’ est fini le grand froid de la nuit et le soleil brûlant du jour, c’ est fini les hautes et immenses chaines de montagnes. Nous avons chacun la sensation de laisser derrière nous quelque chose de grand et d’ unique. Merci à la Bolivie pour tout ce qu elle nous a apporté et appris.
Après quelques jours dans la casa cyclista de Adam avec un japonais, deux allemands, deux françaises et un costaricain nous prenons le bus pour le sud du Chili en passant rapidement à Santiago. Bienvenue en Europe…
Nous voici maintenant à Puerto Monte. Nous embarquons dans le bâteau pour la ville de Chaiten. Apres 24 heures de voyage, le bateau est arrété au milieu d’ une baie du Pacifique à cause de conditions météorologiques défavorables. Ce type de bateau rappelle la Grèce et Anouch à Mat, la Corse et tout ce qui va avec pour Thib… Dans quelques heures nous débuterons notre prochain défi: la Caratera Australe. Pour nous c ‘est encore une nouvelle contrée. Nous sommes impatients de commencer à la decouvrir.